Les marchés financiers ont entamé la semaine sous le signe d’un optimisme retrouvé, mais c’est la Réserve fédérale américaine qui retiendra l’attention des épargnants et des ménages endettés : sa décision sur les taux d’intérêt, attendue mercredi, déterminera le coût du crédit pour les semaines à venir. Mardi, les places boursières ont progressé, portées par un regain d’enthousiasme autour de l’intelligence artificielle et par le recul des prix du pétrole.
Ce soulagement pétrolier a eu des effets concrets au-delà des seuls marchés. En atténuant les craintes inflationnistes, la baisse du brut a soutenu les métaux précieux : l’or a grimpé de plus de 1 pour cent pour dépasser les 4 055 dollars l’once, tandis que l’argent progressait de légèrement moins de 1 pour cent, repassant au-dessus de 54 dollars l’once. Le baril a perdu près de 2 dollars après des informations faisant état de pourparlers de paix au Moyen-Orient, le Brent passant sous les 114 dollars et le WTI américain à environ 100 dollars. Le gaz naturel américain a reculé de 1,5 pour cent. En Europe, en revanche, son prix a légèrement rebondi et reste proche de ses plus hauts niveaux depuis quatre ans, une conséquence directe du refroidissement des températures qui pèse sur les factures des consommateurs.
Sur le front géopolitique, les premiers signes d’une possible désescalade sont apparus au Moyen-Orient : des représentants de l’Iran, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Pakistan ont convenu de poursuivre les discussions en faveur de la paix et de la sécurité. Le risque reste toutefois élevé dans la région. Les rebelles houthis yéménites ont signalé une attaque de missile contre Ras Tanura, la plus grande raffinerie d’Arabie saoudite, pendant que se déroulaient des élections législatives en Israël. En Europe, les manifestations étudiantes et syndicales qui se poursuivent en France, ainsi que les inquiétudes sur la situation budgétaire du pays avant les prochaines échéances parlementaires, préoccupent les marchés. Au Brésil, le sentiment s’est stabilisé après la vague de ventes de lundi déclenchée par la réélection du président Lula da Silva, le ministre des Finances ayant rassuré les investisseurs sur le maintien de la discipline budgétaire.
Côté indices, le S&P 500 a gagné environ 0,6 pour cent et le Nasdaq, très exposé à la technologie, plus de 1,1 pour cent, portés par la très forte performance des fabricants de circuits intégrés. Le Dow Jones a clôturé proche de son niveau de référence. Le Philadelphia Semiconductor Index, lui, affiche déjà une hausse de plus de soixante pour cent depuis le début de l’année. En Europe, le STOXX 600 a progressé de près de 0,5 pour cent, porté par les bourses allemande, italienne, française et polonaise, l’indice W20 gagnant près de 1 pour cent. Le FTSE 100 britannique a fait figure d’exception, reculant de 0,75 pour cent principalement en raison de la faiblesse du secteur bancaire.
Chez les valeurs, Broadcom s’est distingué avec une hausse de 4 pour cent après l’annonce d’un financement de 63 milliards de dollars par un consortium de banques destiné à l’achat de ses puces par Anthropic, un mouvement qui a également dopé AMD et Micron. Oracle a progressé de près de 5 pour cent après l’intégration des outils d’OpenAI dans ses applications et la disponibilité des processeurs de Google, Cerebras et OpenAI sur sa plateforme cloud. Coca-Cola a relevé ses prévisions de bénéfices annuels malgré une demande plus faible en Amérique du Nord, tandis que Boeing a chuté de près de 10 pour cent après une perte trimestrielle plus importante que prévu. HSBC a déçu, avec un recul de plus de 5 pour cent lié à des revenus en baisse, alors que le fabricant d’équipements pour semi-conducteurs Besi a grimpé de plus de 11 pour cent après le renforcement de la participation d’Applied Materials.
Sur le marché des changes, le dollar s’est légèrement renforcé, son indice gagnant près de 0,3 pour cent à environ 102,2 points. L’euro est resté sous pression en raison des prix élevés de l’énergie et des problèmes budgétaires de la France, l’EUR/USD reculant à environ 1,1140. Le USD/JPY a grimpé à environ 157,90, le ministre des Finances japonais réitérant la volonté des autorités de prendre des mesures décisives pour défendre la devise avant la réunion de la Banque du Japon prévue vendredi. Le real brésilien a récupéré environ 2 pour cent de ses pertes, tandis que le zloty polonais a légèrement progressé face à l’euro, sous 4,40, tout en cédant du terrain face au dollar à 3,95.
Les données macroéconomiques ont confirmé la vigueur des dépenses d’investissement technologiques aux États-Unis, avec une hausse des nouvelles commandes d’ordinateurs et de matériel périphérique. Mais côté européen, le tableau est plus sombre. La confiance des consommateurs français est tombée en octobre à son plus bas niveau depuis juin 2013 en raison des tensions sociales, et l’enquête trimestrielle de la Banque centrale européenne sur le crédit confirme que les hausses de taux freinent visiblement l’activité de prêt, c’est-à-dire l’accès au financement des ménages et des entreprises. Les investisseurs attendent désormais jeudi les données de croissance américaine et l’inflation PCE, puis vendredi les chiffres d’inflation de la Pologne, de l’Allemagne et de la zone euro. Le Bitcoin a gagné environ 0,8 pour cent, se maintenant au-dessus des 80 400 dollars, dans un contexte de retour de l’appétit pour les actifs plus risqués.
La semaine ne fait pourtant que commencer : la décision de la Fed, mercredi, dira si le soulagement des marchés se traduit, ou non, en un crédit moins coûteux pour le public.