Neuf Bugatti d’exception ont investi lundi 26 octobre la place de la Réunion, au cœur de Mulhouse. Le spectacle était gratuit et inattendu. À la tombée de la nuit, les “hyper cars” se sont garées devant une foule dense, venue nombreuse admirer des voitures dont certaines dépassent les 4 millions d’euros. Sans billet ni réservation, ce moment de partage culturel illustre la capacité d’une ville à faire vivre son centre à ses habitants.
L’événement servait de prélude à une exposition attendue fin novembre au Musée national de l’automobile de Mulhouse, institution que les Mulhousiens fréquentent et dont la programmation nourrit directement l’offre culturelle locale. Les neuf modèles exposés appartiennent à la collection de l’homme d’affaires suisse Fritz Burkard, l’un des plus grands collectionneurs d’automobiles au monde. Sa “Pearl collection” constituera la prochaine affiche de l’exposition d’hiver du musée.
Sur la place, les réactions du public ont été unanimes. “C’est vraiment très bien. Moi, je pense qu’il faudrait faire plus d’événements comme ça. Ça fait plaisir de pouvoir les voir. C’est magnifique”, confiait un spectateur. Les bolides ont été accueillis dans le plus grand respect par une foule aux anges, un comportement qui n’a pas surpris Caroline Bugatti, la petite fille du fondateur de la marque Ettore Bugatti. “Il y a des moments comme ça, avec des belles choses à regarder. Avec le respect qui va avec. C’est important de pouvoir les trouver ici et de faire plaisir à une foule immense qui apprécie, comme les propriétaires de ces voitures, les très jolies choses”, a-t-elle déclaré.
Quelques privilégiés ont pu prendre le volant de ces machines. Guillaume Gasser, directeur du musée de l’automobile, a ainsi pu rouler entre Molsheim et Mulhouse au volant d’une voiture de 1500 chevaux. “C’est juste incroyable la vitesse, les accélérations, les bruits du moteur, la puissance, vraiment, je n’ai pas de mots pour décrire ça”, raconte-t-il.
Pour l’institution, l’enjeu dépasse le simple effet d’annonce. Le musée se réjouit de ce coup de projecteur sur la “Pearl collection” et assume une volonté d’élargir son audience. “Il faut attirer des nouvelles générations, renouveler les publics et continuer à progresser en termes de visiteurs. Une expo Formule 1 qui se finit dans une semaine, qui a présenté des voitures actuelles et là, on continue dans le moderne”, précise la direction. Un argument qui touche directement les habitants : plus le musée attire, plus il pérennise un lieu culturel et touristique majeur de l’agglomération.
Cet engouement pour les Bugatti récentes n’a rien d’une surprise pour le journaliste Laurent Gentilhomme, récemment auteur d’un ouvrage sur les fameuses Bugatti royales. Selon lui, une évolution générationnelle est à l’œuvre dans la passion de l’automobile. “Il y a vraiment une transition qui est en train de se faire sur la passion de l’automobile. Aujourd’hui les voitures qui ont 20 ans, parce que la Bugatti Veyron elle a 20 ans, ça attire beaucoup plus les jeunes que les voitures d’avant-guerre”, explique-t-il. Un constat qui intéresse quiconque s’inquiète de l’avenir des institutions patrimoniales et de leur capacité à parler à un public nouveau.
Les curieux pourront poursuivre la découverte dès le 28 novembre au musée de l’automobile de Mulhouse, où la “Pearl collection” de Fritz Burkard sera présentée aux côtés de deux Bugatti historiques. Après une exposition consacrée aux monoplaces actuelles, le lieu poursuit son virage vers la modernité, avec un objectif affiché : renouveler ses visiteurs et rester un rendez-vous vivant pour le plus grand nombre.