À la télévision, les ministres malgaches devront s'expliquer face aux citoyens

À la télévision, les ministres malgaches devront s'expliquer face aux citoyens

Un direct à la télévision nationale où les habitants d'Antananarivo pourront interpeller le gouvernement

À Antananarivo, les Malgaches pourraient bientôt poser directement des questions à leurs ministres. Michaël Randrianirina l’a exigé en Conseil des ministres : chacun de ses membres devra se présenter à la télévision nationale pour exposer publiquement son programme, sa stratégie contre la corruption et les grands projets de son ministère. L’annonce, qui promet un dialogue inédit entre le gouvernement et les citoyens, tombe alors que la confiance dans les institutions est mise à rude épreuve.

Car cette injonction à la transparence arrive en pleine polémique. Onze détenus chinois se sont évadés de leur prison de manière totalement illégale, et l’affaire continue de nourrir les interrogations de la population. Selon la ministre de la Justice, quatre de ces détenus ont déjà quitté le pays, tandis que sept sont toujours recherchés.

La question qui reste sans réponse est celle de la responsabilité : qui a autorisé leur sortie ? La ministre de la Justice, Fanirsoa Enairvo, et le syndicat des agents pénitentiaires s’accusent mutuellement. Selon les informations disponibles, les détenus auraient proposé plusieurs milliards d’ariary, soit plusieurs centaines de milliers d’euros, pour sortir de prison.

Des mesures ont suivi dans la foulée de cette évasion. Le directeur de la prison a été suspendu, et quinze agents pénitenciers considérés comme complices ont été placés en garde à vue. De son côté, la Chine s’est dite prête à soutenir l’enquête.

Pour les citoyens malgaches, ces révélations tombent dans un contexte déjà difficile. Le pays s’est pourtant doté d’une stratégie nationale de lutte contre la corruption couvrant la période 2025-2030, un cadre qui devait structurer les efforts de l’État. Mais les résultats ne suivent pas : dans le classement de Transparency International, Madagascar recule, se situant en 2025 à la 148e place sur 182, soit huit places de moins que l’année précédente.

C’est précisément ce décalage entre les engagements officiels et la réalité vécue que la mesure annoncée par Michaël Randrianirina entend combattre. En obligeant ses ministres à s’exprimer en direct, avec des émissions où les citoyens pourront intervenir pour poser des questions et faire des propositions, le pouvoir exécutif met chaque membre du gouvernement face à ses responsabilités, sous le regard du public.

Reste à savoir si cette mise à l’épreuve publique suffira à restaurer la confiance. Pour les habitants d’Antananarivo et des provinces, la promesse d’un gouvernement qui rend des comptes en direct contraste avec les images d’une évasion carcérale restée sans explication claire, où ministres et syndicats se renvoient la responsabilité. Entre les suspensions et les gardes à vue déjà prononcées, l’enquête se poursuit, avec l’appui annoncé de la Chine.

La stratégie nationale anticorruption 2025-2030, présentée comme une feuille de route pour l’État, devra désormais faire ses preuves face à un classement international qui s’assombrit année après année. Pour les Malgaches, l’enjeu est simple : comprendre qui a permis à onze détenus de sortir illégalement de prison, et obtenir la garantie que l’argent ne peut plus acheter ce que la justice devrait fermer. Les prochains passages télévisés des ministres, avec les questions du public, offriront une première occasion de mesurer si les mots annoncés en Conseil des ministres se traduisent en actes.

Q&A

Que doit faire chaque membre du gouvernement selon Michaël Randrianirina ?

Chaque ministre devra se présenter à la télévision nationale pour exposer publiquement son programme, sa stratégie contre la corruption et les grands projets de son ministère, dans des émissions où les citoyens pourront poser des questions et faire des propositions.

Qu'est-il arrivé aux onze détenus chinois évadés ?

Selon la ministre de la Justice, quatre d'entre eux auraient déjà quitté le pays, tandis que sept sont toujours recherchés.

Qui est soupçonné d'avoir autorisé l'évasion et quelles mesures ont été prises ?

La ministre de la Justice, Fanirsoa Enairvo, et le syndicat des agents pénitentiaires s'accusent mutuellement. Le directeur de la prison a été suspendu et quinze agents pénitenciers considérés comme complices ont été placés en garde à vue, tandis que l'enquête se poursuit avec l'appui annoncé de la Chine.

Quelle est la situation de Madagascar dans la lutte contre la corruption ?

Le pays dispose d'une stratégie nationale de lutte contre la corruption pour 2025-2030, mais dans le classement de Transparency International, Madagascar recule à la 148e place sur 182 en 2025, huit places de moins que l'année précédente.