Des élèves dénoncent, des lycées d’Outre-Mer, des conditions d’étude qui touchent directement à leur santé et à leur avenir. Derrière la mobilisation qui s’étend des Antilles à La Réunion se lisent des revendications très concrètes pour la vie quotidienne des jeunes : des professeurs remplacés, des moyens supplémentaires et des bâtiments adaptés aux fortes chaleurs tropicales.
À La Réunion, les lycéens réclament « plus de profs », « des moyens » et une « meilleure organisation du temps scolaire ». Aux Antilles, la colère vise l’état matériel dégradé des écoles ainsi que l’algorithme d’orientation universitaire Parcoursup, jugé pénalisant pour les candidats souhaitant étudier dans l’Hexagone. Dans les deux cas, ce sont des questions d’accès à l’éducation et d’équité pour des jeunes qui vivent loin de la métropole.
La préfecture de La Réunion a recensé 1 500 manifestants sur l’ensemble du département mardi 6 octobre. À Saint-Pierre, dans le sud de l’île, un rassemblement de 300 jeunes selon la police, et de 800 selon les organisateurs, s’est déroulé dans le calme. De brefs affrontements ont en revanche éclaté dans l’ouest et le sud, dans les communes de Saint-Paul et Saint-Louis. À la mi-journée, 22 interpellations avaient été dénombrées, dont 21 concernant des mineurs. Au total, 387 policiers et gendarmes ont été déployés.
La question du traitement réservé aux jeunes manifestants a pris une dimension publique après la diffusion d’une vidéo montrant un jeune menotté, maintenu au sol par des gendarmes. L’Union des femmes réunionnaises (UFR) a dénoncé une « violence inacceptable ».
Le mouvement avait débuté lundi aux Antilles, avec une vingtaine de lycées perturbés et huit élèves interpellés. En Martinique, seize établissements ont été concernés, dont deux ont fermé et basculé en cours à distance, selon le rectorat. En Guadeloupe, au moins sept lycées étaient mobilisés, notamment le lycée Baimbridge, l’un des plus grands de l’archipel, dont les accès étaient bloqués par des palettes. Un jeune soupçonné d’avoir lancé un projectile y a été interpellé.
Sous le slogan « Notre avenir n’est pas négociable », les élèves dénoncent des infrastructures inadaptées aux fortes chaleurs tropicales. Noema Gane, élève en terminale à Baimbridge, a décrit à l’AFP des conditions qui relèvent du quotidien scolaire le plus élémentaire : « Nous avons souvent des coupures d’eau, nos toilettes sont non mixtes, elles ne ferment pas, il n’y a pas de papier ». Elle évoque aussi l’absence de climatisation et des attentes allant jusqu’à « 1 h 30 en plein soleil pour pouvoir manger » à la cantine.
Face à ces témoignages, les responsables publics ont été mis devant leurs responsabilités. À l’issue d’un conseil académique réuni lundi, le président de la région Guadeloupe Ary Chalus a rappelé que la collectivité investissait « des millions d’euros » pour rénover les bâtiments. Le recteur de la Guadeloupe Gabriele Fioni a pour sa part reconnu devoir « s’améliorer sur le remplacement des professeurs », un point qui touche directement la continuité de l’enseignement dispensé aux élèves.
Au-delà des chiffres de mobilisation, la crise met en lumière ce que les familles ultramarines attendent de leurs services publics : des écoles sûres, fonctionnelles et équitables, et un accès à l’enseignement supérieur qui ne pénalise pas les candidats en fonction de leur territoire. La reconnaissance par le recteur d’un déficit en matière de remplacement des professeurs, comme les descriptions des conditions matérielles à Baimbridge, donnent aux revendications des lycéens un ancrage tangible. Reste à savoir si les engagements annoncés se traduiront en améliorations visibles pour les élèves, dont plusieurs milliers ont montré cette semaine qu’ils considéraient leur avenir comme non négociable.